Le sucré-salé marocain, c'est l'art de faire cohabiter le sucre et la viande dans un même plat salé, sans que l'un écrase l'autre. La règle à garder en tête tient en une phrase : le sucre est là pour relever la viande, jamais pour l'adoucir. Le miel, les pruneaux, les abricots secs ou les raisins jouent le rôle d'un assaisonnement, exactement comme le feraient le sel ou le poivre ailleurs.
Si l'accord tient, c'est qu'il repose sur trois contrepoids. Le premier est le sel et le gras du smen, ce beurre clarifié fermenté et salé qui apporte au plat une profondeur presque fromagère et empêche le sucre de dominer. Le deuxième est la chaleur des épices : la cannelle, le gingembre, le safran, et pour certains plats le ras el-hanout (littéralement « le meilleur de la boutique », un mélange qui peut réunir plusieurs dizaines d'épices). Le troisième est une pointe d'acidité ou d'amertume, souvent apportée par les amandes torréfiées ou un oignon longuement caramélisé, qui coupe le sucré et empêche l'écœurement. Enlevez un seul de ces contrepoids et le plat bascule dans le dessert. Réunis, ils tiennent la ligne.





