Non, vous n'avez pas besoin de parler darija, l'arabe marocain, pour manger à Marrakech. Le français est enseigné très tôt au Maroc et compris dans la quasi-totalité des restaurants touristiques, des bistrots de Guéliz et des palaces ; l'anglais passe aussi dans beaucoup d'adresses. Vous vous ferez comprendre de toute manière. Ces mots-là servent à ouvrir une porte. Un « salam » et un « choukran » placés au bon moment changent le ton d'un service, parce qu'ils disent que vous jouez le jeu du pays plutôt que celui du visiteur pressé.
C'est dans la Médina et devant les étals que ces mots pèsent le plus. Une table de quartier, une cantine, un stand de brochettes : là, le personnel bascule volontiers en darija, et deux ou trois formules bien placées créent de la sympathie, parfois un meilleur morceau ou une théière offerte. Dans un riad-restaurant animé comme Dar Naji, où l'on dîne au son des musiciens, un mot d'arabe marocain glissé au serveur fait toujours son petit effet.
Un point de registre pour ne pas vous tromper. Le darija se distingue de l'arabe standard, la fusha des manuels. À table, on ne dit pas « min fadlik » mais afak pour « s'il vous plaît », et on demande le « l-hsab » plutôt que le « hisab ». Les deux versions sont comprises, mais c'est le darija que vous entendrez vraiment dans la rue. Dernier réflexe utile : le darija est une langue essentiellement orale, sans orthographe latine officielle. Les transcriptions ci-dessous sont des formes courantes, à lire à la française. Inutile de chercher une graphie unique ; écoutez et répétez.