Six mécaniques reviennent en boucle, presque toujours concentrées sur les zones les plus fréquentées par les visiteurs. Les nommer, c'est déjà les désamorcer.
Le plus visible, c'est le rabatteur. Posté à l'entrée ou en terrasse, il vous hèle, vante « le meilleur tajine de Marrakech » et vous pousse vers une table avant que vous ayez comparé quoi que ce soit. Une bonne maison remplit sa salle par sa cuisine ; le racolage en terrasse en dit long sur le reste.
Vient le menu multilingue : une carte photographiée, traduite en cinq ou six langues, illustrée de clichés, et dont les prix sont absents ou « à préciser ». Une carte sans prix affichés n'est pas un oubli, c'est le décor d'une addition libre.
Le couvert ne prévient pas : pain, olives, parfois un thé, posés d'office dès que vous vous asseyez. Dans une adresse touristique, ces amuse-bouches ne sont pas offerts par principe. Ils réapparaissent en bas de note.
L'addition gonflée en découle : sur une carte sans prix, la note finale intègre des lignes que vous n'avez pas commandées, un couvert, un supplément, un arrondi confortable. Sans prix de référence, la contestation part perdante.
Sur le trottoir, un classique, le « c'est fermé, viens avec moi » : on vous arrête en chemin pour vous annoncer que votre restaurant est complet, fermé ou « en travaux », et on propose de vous guider vers mieux. Cette adresse-là verse une commission au guide improvisé, et la commission finit sur votre addition. C'est la version restauration du faux guide des souks que traite le guide sécurité.
Reste le supplément pour la vue. Une terrasse plein cadre sur un site célèbre où vous payez d'abord l'emplacement, la cuisine venant loin derrière, et où le prix de la vue ne se révèle qu'au moment de régler.